Mercredi 20 août 2008
La Semaine Mondiale de l'Eau réunit tous les ans au mois d'août à Stockholm pour des discussions informelles les organisations intéressées par la question de l'eau et de l'assainissement : entreprises, gouvernements, ONGs. Cette année, cette semaine est consacrée à la question de l'assainissement "Pour un monde propre et sain".



C'est dans ce cadre que le Programme Solidarité Eau (PS-Eau), qui réunit les acteurs français de l'eau, organise le jeudi 21 août au soir un débat sur l'objectif de l'assainissement, en posant explicitement la question suivante : "S'agit-il d'un objectif de santé publique ou d'un objectif de préservation de l’environnement ?".

Dans une optique de développement durable, ou même soutenable, la réponse est bien entendu pour nous "les deux bien sûr !". Il n'y a pas de santé sans une eau propre, et le manque d'assainissement porte atteinte à l'environnement. Comme l'écrit le PS-Eau, les deux objectifs sont complémentaires :

"En s’appuyant sur des expériences de terrain, une session parallèle co-organisée, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, par le ministère français en charge de l'écologie (MEEDDAT), le Partenariat français pour l'eau (PFE), le Conseil des ministres africains de l'eau (AMCOW) et le groupe de travail Afrique de l'Initiative européenne pour l'eau (EUWI)", vise à montrer que ces deux objectifs ne sont pas contradictoires, mais au contraire complémentaires, quelle que soit la technologie considérée (assainissement autonome, collectif, ou intermédiaire). Mieux, cette complémentarité est indispensable pour le développement du secteur de l'assainissement sur le continent africain."

Complémentaires, ils le sont non seulement en Afrique, mais également sur tous les autres continents.

Rappelons cependant que, dans le monde, 2 personnes sur 6 n'ont pas accès aux services d'assainissement (soit 2,6 milliards de personnes), soit plus encore que celles n'ayant pas accès à l'eau potable (1,1 milliards, chiffres OMS 2004). Voir à ce sujet les excellentes cartes du Monde Diplomatique, en lien ci-dessous. Faire progresser l'accès à l'eau et à l'assainissement est indispensable pour faire avancer les
Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Les solutions ne sont pas seulement techniques (dans le traitement de l'eau), mais également socio-politiques et environnementales (dans la préservation de la qualité de l'eau, et la construction d'infrastructures adaptées à des contextes différents).

Jon Lane, le président du Conseil de concertation pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement (WSSCC) confiait lundi à l'AFP que "l'assainissement doit devenir une priorité". Face au constat qu'il y a "cinq fois plus d'argent investi dans l'accès à l'eau potable que dans l'assainissement, alors que si on regarde les chiffres, cela devrait être l'inverse", le fonds créé par le WSSCC en mars dernier s'est fixé comme objectif la collecte de 100 millions de dollars par an, soient 67,8 millions d'euros.

Cette aide sera principalement consacrée à la création d'un réseau d'assainissement digne de ce nom dans certains pays en voie de développement et en priorité au Burkina Faso, au Sénégal, en Ouganda, au Pakistan, en Inde, au Népal et à Madagascar.

Toujours selon Jon Lane, un tel recul en matière d'assainissement dans certains de ces pays serait dû au fait qu'il s'agit là d'un sujet tabou dans beaucoup de cultures, ce qui expliquent les réticences rencontrées auprès de certains dirigeants. Il ajoute également ironiquement, "on ne gagne pas de vote en parlant d'excréments".

(information enviro2B)


Si vous êtes à Stockholm, à la semaine mondiale de l'eau, vous êtes cordialement invité à participer à cette session parallèle (
invitation) qui se tiendra Jeudi 21 août 2008 de 17h30 à 20h00, au Stockholmsmässan,
en salle K 24. Cette session bénéficiera d’une traduction simultanée français/anglais.


par Pierre W. Johnson publié dans : Développement durable - Sustainable Development communauté : Vivre bien autrement !
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Mercredi 30 juillet 2008
Hier mardi, s'achevait les négociations au 9e jour à l'Organisation Mondiale du Commerce sur un constat d'échec. A l'OMC, tout accord doit être pris par consensus de l'ensemble des pays membres (153 actuellement).
  

Défense et illustration de l'agriculture par les pays émergents d'Asie


Alors que les Etats-Unis ont monté le ton contre l'Inde et la Chine, qui demandent un renforcement du Mécanisme de Sauvegarde Spécial, censé protéger les agriculteurs pauvres des pays en développement, les négociateurs de ces pays, et notamment de la Chine, ont argumenté de façon apparemment convaincante en démontrant que les pays industrialisés ne sont pas aussi libéraux qu'ils le prétendent, et demandent au pays en développement plus d'efforts qu'à eux-mêmes.


Pour ceux qui sont familiers des négociations internationales sur le commerce, voici le détail des différends techniques :

Selon ICTSD, observateur des négociations "La proposition de Lamy – permettant des mesures correctives au titre du MSS qui dépassent les consolidations tarifaires actuelle à hauteur de 15 % mais uniquement si les volumes des importations augmentent de 40 %, avec une limite à 2,5 % des lignes tarifaires – a été jugée insuffisante par le G-33. Avec le Groupe africain, le Groupe ACP et le groupe des Petites économies vulnérables, le G-33 a présenté une proposition alternative qui permettrait à ces pays de dépasser les consolidations tarifaires actuelles de 7%, avec un plafonnement des mesures correctives à 30 % au-dessus des niveaux consolidés actuels, déclenchées par des hausses de volumes à partir de 10 %."

Pas encore d'accord sur la banane


Il n'y avait pas encore eu non plus d'accord au 29/08 sur la banane. Les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), qui bénéficient d'une protection tarifaire sur le marché européen, ont indiqué qu'ils s'opposeraient à un accord si les droits de douane pour les pays latino-américains étaient baissés.


Le clash franco-européen


Parallèlement, le président français Nicolas Sarkozy prenait le risque d'un psychodrame diplomatique intra-européen :

Compliquant davantage la conclusion d’un accord potentiel, la France a pris l'initiative lundi d'une coalition de neufs pays européens pour faire pression en faveur de meilleurs termes pour un accord. La France cherche notamment à éviter un accord sur l'agriculture qui l'obligerait à reconsidérer sa politique dans ce domaine. Le gouvernement français a ainsi pris en porte-à-faux le Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, qui a obtenu l'appui des États membres de l’Union Européenne sur une position concertée bien entendue avant les négociations à Genève. L'agence Reuters indique que la création de la nouvelle alliance pourrait néanmoins miner sa crédibilité dans les discussions.

Quelles conclusions peut-on tirer de cette semaine de négociations ?


Principalement, le fait que les pays en développement, et notamment les pays émergents Chine, Inde, Brésil, Argentine, ont appris à mieux maîtriser les termes de négociations toujours complexes et extrêmement technique. Le compte-rendu des argumentations de l'ambassadeur chinois à l'OMC Sun Zhenyu face à la négociatrice américaine Susan Schwab fait apparaître une argumentation très convaincante, et une connaissance fine des dossiers. La Chine a adhéré à l'OMC en 2001 seulement et a consenti à prendre des mesures d'ouverture de ses marchés radicales, qu'elle voudrait voir compensé par des mesures d'égale ampleur dans les pays occidentaux, et par un mécanisme de sauvegarde spécial pour l'agriculture efficace.


Accessoirement, la psychodrame franco-européen dévoile des fissures dans la position européenne, et l'existence de points de vue divergent sur l'opportunité de concessions aux pays en développement, et d'une adaptation de la politique agricole commune européenne aux compromis négociés à l'OMC. La position française vise-t-elle à défendre une agriculture plus durable ? Rien n'est moins sûr... Mais c'est un autre sujet.


A la voix fatiguée et à l'anglais hésitant du directeur de l'OMC,
que vous pouvez écouter ici, regrettant que le dossier coton et d'autres n'aient pas pu être évoqué, on comprend que le chemin vers un multilatéralisme équilibré est encore très long...
par Pierre W. Johnson publié dans : Développement durable - Sustainable Development communauté : Choc & Chaos
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Lundi 28 juillet 2008
Les journaux français saluent ce matin un accord obtenu à la réunion des 153 membres de l'OMC à Genève, sur le dossier du marché de la banane, un dossier épineux qui opposent des blocs de pays depuis plusieurs décennies. S'agit-il d'une avancée, ou de la simple application d'une décision déjà prise, et qu'en est-il du reste des discussions dans cette enceinte internationale de négociations ?



Rappelons tout d'abord l'état de la discussion sur le dossier "banane", fruit le plus consommé et le plus échangé au monde. Pour cela, il sera utile d'en rappeler l'importance, puis l'organisation du commerce international.

Selon la FAO, "L'industrie de la banane engendre une source importante de revenus, d'emplois et de recettes d'exportation pour la majeure partie des pays exportateurs, principalement pour les pays en développement d'Amérique Latine et des Caraïbes ainsi que pour ceux d'Asie et d'Afrique. Le montant annuel total des exportations mondiales de banane est évalué à plus de 4,7 milliards de dollars et représente, de toute évidence, une source vitale de revenus pour de nombreux pays."

Le principal différend opposait l'Union Européenne, plus grand importateur mondial, aux multinationales américaines alliées aux pays producteurs d'Amérique latine. En effet, l'UE appliquait un régime privilégié aux pays de ses anciennes colonies ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), avec l'absence de tarifs douaniers à l'importation, et par conséquent les bananes originaires de ces pays se retrouvent sur le marché européen à des coûts moindres que les bananes latino-américaines, deuxième grande région exportatrice. Dans des pays comme les pays d'Amérique centrale (dont les anciennes républiques bananières !) et l'Equateur, quatre multinationales d'origine américaines dominent verticalement toute la filière, de la production à l'exportation.

On apprend aujourd'hui que l'Union européenne aurait accordé ce week-end aux pays d'Amérique latine une baisse des droits de douane. Mais les pays ACP ont déclaré attendre des mesures compensatoires pour donner leur accord. Ces mesures permettraient notamment de compenser les pertes de revenus à l'export provoquées par cette ouverture du marché de la banane.

Entre parenthèse, notons que s'il existe une surproduction sur le marché de la banane, expliquant des prix bas, les marchés de la banane biologique et de la banane équitable sont en pleine expansion depuis la fin des années 1990. Celles-ci pourraient constituer de véritables alternatives aux conditions de travail très difficiles pour les travailleurs (salaires très bas, large usage des pesticides, etc.) et aux dommages à l'environnement habituellement constatés pour cette culture. Le graphique ci-dessous illustre la croissance des marchés biologiques et équitables pour la filière banane de 1998 à 2003 (source : CNUCED).




Si vous n'avez aucune information sur la question, un petit dossier de "La Case aux enfants" rappelle quelques réalités utiles à connaître sur le commerce de la banane. Un dossier un peu ancien de Novethic donne quelques informations additionnelles.

S'agit-il donc d'un réel succès pour les pays en développement ? Le dossier de la banane met en évidence les différences d'intérêt entre différents groupes de pays en développement. D'autre part, des observateurs étrangers font remarquer que cet accord résulte notamment de l'application de la décision de l'Organe de Règlement des Différends dans le différend opposant depuis 1993 les Etats-Unis et l'Union Européenne sur ces pays, ce que les journaux européens et en tout cas français se sont bien gardés de rappeler, semble-t-il.

Or, de nombreux autres dossiers sont en cours de discussion à l'OMC, sur l'"accès au marché pour les produits non agricoles" (AMNA), industrie et services, notamment. Et sur ces fronts, les observateurs constatent peu de progrès dans les discussions. L'Organisation Mondiale du Commerce se présente en effet comme un vaste espace de discusion (certains diront de marchandage) sur des questions de nature très différente. Une concession d'un pays ou, plus souvent, d'un groupe de pays, sur une question, amène à demander une compensation sur une autre question, sans rapport logique, mais se situant à l'ordre du jour des négociations.

Selon l'organisation de la société civile ICTSD, par exemple, "L’Argentine s’est plainte du fait que les projets de texte qui ont servi de base aux négociations sur l’agriculture et l’AMNA au cours de l’année passée exigeaient des pays en développement qu’ils abaissent les tarifs industriels de manière disproportionnée par rapport aux réformes agricoles proposées par les pays riches." Pour sa part, l'Inde a fait figure au cours des négociations actuelles d'intransigeante, en estimant que les mesures proposée au titre de "mécanisme de sauvegarde spéciale" ne protégeait pas suffisamment les paysans pauvres, avec un seuil de déclenchement de 40% d'augmentation des importantions agricoles. Pour sa part, le Brésil estime que le niveau de 15% de droit de douane permis par ce mécanisme est insuffisant (source : Folha online). Ces deux pays émergents n'ont pas la même position sur cette question.

Le Japon lui-même s'est déclaré « profondément mécontent de la proposition de Lamy» (le directeur général de l'OMC), essentiellement sur le nombre de produits sensibles, a indiqué The Economic Times, un journal indien.

En conclusion, l'avancée des discussions à l'OMC apparait comme beaucoup plus limitée que l'annonce qui en est faite dans nos journaux. Dans la mesure ou les discussions piétinent depuis des années, et où le niveau de complexité de celles-ci semble rendre difficile tout accord, il est temps de se demander s'il n'est pas nécessaire d'inventer d'autres modes de discussion et de négociations. Dans cet ordre d'idées, plusieurs pistes sont tracées par des organismes indépendants : une réorganisation du système multilatéral, qui obligerait les négociateurs commerciaux à mieux tenir compte du droit international des personnes et du travail, et/ou une plus grande participation de la société civile.


Sources : Organisation Mondiale du Commerce, Centre International pour le Commerce et le Développement Durable, Folha online, Libération, Le Monde, Novethic, CNUCED
par Pierre W. Johnson publié dans : Développement durable - Sustainable Development communauté : Choc & Chaos
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Mercredi 23 juillet 2008

Pendant que les gouvernements des 153 pays participant à l'Organisation Mondiale du Commerce discutent à Genève des conditions d'une nouvelle vague de libéralisation du commerce, il semble bien que les engagements pris au début du millénaire par ces gouvernements, et tous ceux participant à l'ONU, soient tombés à l'arrière-plan de la discussion politique. Plus grave, les observateurs signalent qu'à mi parcours et plus (l'échéance est 2015), beaucoup de ces engagements auront du mal à être suivis.

Pour faire connaître au grand public ces engagements, et raffraichir à tous la mémoire, le Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement affiche sur un site Internet les 8 objectifs que la communauté internationale s'est engagé, dans le cadre des Nations Unies, à accomplir d'ici 2015.




En parcourant ce site, vous aurez une vue rapide des objectifs du millénaire :


Pour en savoir encore plus, voici le lien au site officiel des Objectifs du Millénaire pour le Développement, incluant des objectifs précis et leurs indicateurs :

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement


par Pierre W. Johnson publié dans : Droits économiques, sociaux et culturels communauté : Je rêve d'un autre monde.
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Mardi 22 juillet 2008
Le magazine "Casseurs de pub" dénonce depuis des années (une décennie, semble-t-il) les méfaits de la publicité et de la consommation de masse à laquelle celle-ci nous incite. Dans son numéro du 15 juillet 2008, le magazine proche des idées de "décroissance" donne son point de vue sur l'appropriation du concept de développement durable par certaines personnalités de la vie économique et mondaine. En cette période estivale où les ventes des journaux people connaissent une augmentation saisonnière, laissons lui la parole :

«Qui va sauver la planète ? En tous cas, certainement pas les idées partageuses des « objecteurs de croissance », ou bien celles de ces écologistes à l’ancienne mode prônant la sobriété matérielle ! Et encore moins celles de quelques poètes humanistes révoltés face aux atteintes à la beauté du monde. Certes, ceux-là nous ont mis en garde depuis bien longtemps sur la survenue de la crise écologique actuelle, mais, c’est bien connu, ils veulent nous faire retourner dans les grottes habillés de peaux de bêtes, nous éclairant aux bougies de graisse de mammouth (dans le meilleur des cas) ! Non, soyons sérieux, et réalistes, les personnalités extraordinaires qui vont sauver la nature, et sans que nous ayons à descendre de nos automobiles, ce sont Paris Hilton, François Pinault, Miss France, Alain Juppé, Léornado di Caprio, Luc Besson, Yann Arthus-Bertrand, Jean-Marc Sylvestre ou encore l’immense philosophe Luc Ferry. Car par ces temps d’effondrement de la biodiversité, une espèce, elle, prolifère en suivant la courbe de l’explosion des cours du pétrole : ce sont les écotartufes. Convertis de fraîche date à une écologie bien particulière, ils envahissent les médias dominants. Fini l’écologie à papa ! Ces Adeptes du génial « développement durable » nous promettent que le sauvetage de la Terre est d’abord une merveilleuse opportunité de donner un nouveau souffle à la société de consommation, à la marchandisation du monde, à la Croissance et à TF1. Ils sont un reflet éclairant de notre merveilleuse époque. Découvrez-les dans le dernier dossier de Casseurs de pub, « Les écotartufes », en kiosque, en France (de Besançon à Tahiti), en Belgique, au Canada, en Suisse francophones et en Allemagne, à partir du 15 juillet 2008.»

Le site de Casseurs de pub
par Pierre W. Johnson publié dans : Développement durable - Sustainable Development communauté : Je rêve d'un autre monde.
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